Quel protocole sanitaire pour les piscines pendant la pandémie de Covid-19 ?

Nous avons pu le constater, les piscines ont su très rapidement mettre en place un protocole sanitaire pour permettre d’accueillir des nageurs avec le maximum de précautions sanitaires. Plus ou moins contraignants, plus ou moins efficaces, essayons de revenir ici sur les mesures qui ont été prises, et celles qui pourraient l’être lors de la réouverture tant attendue de nos piscines.

L’inscription préalable

Une des mesures les plus contraignante de toutes : l’inscription préalable. Assortie d’une limite drastique de nageurs en simultané, et de créneaux stricts.

Cette mesure avait été généralisée au tout début du premier déconfinement, mais rapidement levée avec l’assouplissement des mesures sanitaires gouvernementales et autre, qui faisaient croire à l’époque que l’épidémie était déjà terminée.

Dans l’idéal il faut une plateforme de réservation ou une application mobile avec paiement intégré, mais une solution moins couteuse et plus rapide à mettre en place aurait été la prise de rendez-vous, en téléphonant à la piscine, pour être inscrit sur le cahier et un paiement sur place (pour tenir compte des abonnements, des tarifs réduits, etc).

Cette mesure va de pair avec l’abaissement drastique de la FMI : Fréquence Maximale Autorisée.

Vendredi 13 mars 2020, la piscine Jean-Taris dans le 5e arrondissement, limite la FMI à 100 personnes. Crédit photo : Nri / nageurs.com

On peut citer le Club des Nageurs de Paris (CNP) qui a mis en oeuvre un système de réservation préalable entre juillet et début septembre pour réguler la fréquentation dans leur bassin de 25m qui situé dans l’enceinte de la piscine Roger le Gall. Des créneaux de 90 minutes étaient réservables sur une application mobile, avec une limite de 20 personnes par créneau (soit 4 personnes par ligne d’eau). En outre ils ont eu la gentillesse de permettre des réservations (gratuitement en plus) par tous les nageurs inscrits à un club parisien. Ce système présentait aussi l’avantage d’afficher le nombre de places réservées permettant à chacun de s’inscrire en connaissance de l’affluence, avec la possibilité de libérer sa place jusqu’à 1h avant de venir.

Une amélioration de cette mesure pourrait être un échelonnement des arrivées, afin d’éviter les attroupements aux douches et aux vestiaires.

A l’opposé, une mesure mal comprise des usagers a été l’instauration dans certaines piscines d’une pause rallongée pour le ménage et la désinfection complète entre deux créneaux (entre les scolaires et le public par exemple), réduisant en conséquence fortement la durée des créneaux.

Enfin, même si cette solution n’a pas été envisagée jusque là, une prise de température avant l’entrée dans l’établissement pourrait très bien faire partie d’un protocole sanitaire futur.

La discrimination par public

L’état d’urgence sanitaire permet certes une discrimination en autorisant certaines personnes selon des critères d’âge ou autre comme c’est le cas actuellement, et interdire l’accès à d’autres. Seules les piscines et salles de sport ont ces règles, qui sur le long terme sont assez injustes.

Les mesures prises dans les vestiaires

En complément de la réservation obligatoire préalable, certaines piscines ont affecté un numéro de vestiaire et un numéro de casier individuel.

Certaines piscines, plutôt que de condamner un casier sur deux, ont condamné un bloc de casier sur deux. Moins de ménage à faire ! Et autant de nageurs dans un espace plus réduit pour se changer.

Crédit photo : Domino / nageurs.com

Certaines piscines ont fait le choix plus radical de condamner complètement les casiers. Chacun devant apporter ses affaires à côté du bassin. On imagine facilement que cette mesure est fortement dissuasive, mais le nageur motivé s’en accommodera.

Les marquages au sol

Les différents marquages au sol, permettent de rappeler à chacun à garder ses distances. Certaines piscines sont allé plus loin en installant des barrières pour séparer physiquement les sens de circulation.

La présence de ces marquages traduit une bonne volonté que l’on ne peut que saluer.

Crédit photo : Domino / nageurs.com

Le cas des douches

C’est l’un des lieux où la promiscuité est la plus forte. Pour des raisons d’hygiène, il semble délicat d’empêcher les nageurs d’y accéder avant d’aller nager, même si la majorité des nageurs en club n’en prennent jamais avant d’aller dans le bassin.

Beaucoup de piscines ont mis un marquage pour condamner une douche sur deux. D’autres ont mal implémenté le protocole en condamnant à la place un bloc de douche sur deux (citons la piscine Jacqueline Auriol par exemple).

Certaines piscines stoppaient les douches 30 minutes avant l’évacuation du bassin, cela permettait aux nageurs voulant prendre leur douche de sortir plus tôt donc de mieux lisser dans le temps les départs, et d’éviter un attroupement à la fin.

En tant que nageur, on remarque souvent que le passage à la douche est bref avant d’aller nager, mais s’éternise après sa séance. L’occasion de bavarder voire faire ses étirements. Il aurait été tout à fait possible d’interdire purement et simplement les douches en sortant.

Quelles mesures peuvent être prise dans les lignes d’eau ?

Des consignes particulières peuvent être demandées aux usagers, comme l’interdiction de stationner à deux personnes ou plus en bout de ligne d’eau.

Une des pires mesures qui a été heureusement adoptée par une poignée de piscines seulement (par exemple à Nogent sur Marne), a été l’instauration d’un « sens de nage » dans les lignes d’eau, avec obligation de changer de ligne à chaque virage. Il faut avoir bien du dédain voire du mépris pour les nageurs pour décider ce genre de chose !

Au contraire une mesure simple constatée par exemple à la piscine de Puteaux a été l’affichage d’un nombre maximum de nageurs par ligne. Cela permet tout d’abord à chacun de se répartir au mieux dans les lignes.

On a pu constater aussi parfois l’interdiction de tout sac et serviette au bord du bassin. Mais parfois aussi tout matériel de natation, y compris le matériel type petites palmes, pull-buoy, et même de bouteille d’eau !

Une mesure que l’on aurait aimé notamment à Paris, afin encore de permettre d’espacer au maximum les usagers, c’est d’évacuer plus tardivement les nageurs du bassin. Plutôt que 30 minutes avant la fermeture, il serait préférable de réduire à 15 minutes largement suffisant, voire 5 minutes.

Aérer régulièrement semble être une bonne mesure à généraliser.

La zone de déchaussage

Ces zones sont généralement assez réduites en surface. Les bancs pour mettre et retirer ses chaussures ont parfois une place sur deux de condamnée par un autocollant, quand ce n’est pas le banc complet qui est retiré.

La plupart des piscines ont débranché leur sèche-cheveux. La volonté étant d’éviter les attroupements.

Se sécher les cheveux longuement avant de sortir de la piscine ? Pas possible en période de Covid-19 ! Crédit photo : Snoop77 / nageurs.com

La mesure qu’on aurait aimé voir mais qu’aucune piscine n’a mis en place

Cette période difficile est propice aux remises en causes et changements en profondeur !

On aimerait militer pour des horaires élargis, plus tôt le matin, plus tard le soir. De 6h à 23h tous les jours ! Une mesure à pérenniser, avec sans doute un coût horaire moindre qu’un équivalent en construction de piscine supplémentaire, pour démocratiser davantage pratique sportive alors que l’on va accueillir les JO 2024.

Une répartition à revoir éventuellement entre le public, les scolaires, et les clubs. En gardant certes une priorité aux scolaires pour l’apprentissage élémentaire de la natation, en s’appuyant davantage sur les bassins-école de proximité pour les petites classes, afin de permettre l’accès à la piscine à plus de classes.

On pourrait aussi souhaiter une meilleure répartition des créneaux entre associations sportives, en privilégiant celles qui mettent le mieux en oeuvre leur projet sportif pour le plus grand nombre.

Rétrospective sur la fermeture des piscines liée à l’épidémie de Covid-19

On pourra retenir que du point de vue de la natation, 2020 a été une année qui ne ressemble à aucune autre ! Dernière mise à jour 12/01/2021.

Le premier confinement : 98 jours de fermeture

Le jeudi 12 mars, le Président de la République Emmanuel Macron annonce la fermeture des écoles jusqu’aux vacances scolaires (prévues du 4 au 20 avril à Paris). Le lendemain les clubs de natation commencent à prendre des mesures pour suspendre leurs activités, et le 14 mars toutes les piscines ferment leurs portes.

Lundi 16 mars, Macron annonce pour le lendemain un confinement qui devra durer « 15 jours au moins ». Le 27 mars, c’est le Premier Ministre Edouard Philippe qui annonce un prolongement du confinement pour 2 semaines supplémentaires.

Le 2 avril, la FFN à qui on peut reprocher un manque de communication sur le début de l’épidémie, annonce la suspension de toutes les compétitions de natation jusqu’au 30 juin.

Le 13 avril, le Macron prend à nouveau la parole et annonce la poursuite d’un confinement strict jusqu’au 11 mai. Ce sera heureusement la dernière prolongation.

Mais après ces 55 jours de confinement strict, des restrictions vont perdurer. Le 2 juin les piscines situées en « zone verte » ont pu ouvrir à nouveau leurs portes, avec une réservation obligatoire d’un créneau horaire.

Crédit photo : Snoop77 / nageurs.com, Piscine du Val d’Europe.

A Paris, nous sommes passés en zone verte le 15 juin, mais avons du attendre le 22 juin pour une réouverture des piscines. Pour restreindre la fréquentation certaines piscines ont appliqué la réservation, mais cela n’était pas généralisé et à partir de cette date il a été possible de retourner nager. Certaines règles sanitaires ont été mise en place dans les piscines.

Signe de la longue attente, il y a eu une vraie ruée vers les piscines, encouragé aussi par les belles journées d’été.

Partout dans le monde, les piscines mettent en oeuvre un protocole sanitaire. Ci-dessus à Montréal en aout 2020. Crédit photo : Saigonnais / nageurs.com

Le deuxième confinement : 91 jours de fermeture pour Paris (au moins)

Les grandes métropoles passent les unes après les autres en état d’alerte maximale. Ce qui a pour conséquence que les piscines couvertes ne peuvent plus y accueillir de public.

C’est le cas dès le cas dès le 23 septembre à Aix-Marseille, le 25 septembre à Lille, le 6 octobre à Paris, le 10 octobre à Lyon, Grenoble et Saint-Étienne, et le 13 octobre à Toulouse.

Il était cependant possible à ce moment là de continuer à nager dans les piscines découvertes.

Le 14 octobre, le Président Macron annonce l’état d’urgence sanitaire sur tout le territoire. Le 22 octobre, le nouveau Premier Ministre Jean Castex annonce au couvre feu de 21h à 6h sur l’ensemble du territoire avec prise d’effet le 23 octobre au soir.

Les piscines ajustent alors leurs horaires de fermeture pour que chacun puisse regagner son domicile avant le couvre feu.

Mais le mercredi 28 octobre, le Président de la République décrète un nouveau confinement de 4 semaines démarrant dès le vendredi le 30 octobre au soir.

Contrairement au premier confinement, certaines piscines ont pu avoir des dérogations pour ouvrir leurs portes aux détenteurs de certificats médicaux attestant une ALD (Affection Longue Durée), la natation scolaire, les sportifs de haut niveau.

Des allègements au confinement ont eu lieu dès le 28 novembre avec la possibilité de se déplacer dans la limite de 20km et 3 heures (contre 1km pendant 1 heure pendant le confinement).

Le 1er décembre, il est annoncé que les établissements classés PA, soit les établissements de plein air peuvent à nouveau ouvrir leurs portes au public. Or une piscine extérieure n’a pas forcément la classification administrative PA à partir du moment où celle-ci dispose de vestiaires, de douches, ou de bassins intérieurs. Seule une infime partie des piscine a donc pu rouvrir au public début décembre.

Le mardi 15 décembre, c’est la fin du second confinement, mais un couvre feu national est instauré le même jour sur tout le pays, de 20h à 6h. Les mineurs peuvent à nouveau nager dans un cadre périscolaire (en club par exemple).

En dehors des publics spécifiques qui continuer d’accéder aux piscines sous certaines modalités, le grand public et les clubs devront attendre au moins jusqu’au 20 janvier 2021.

Au cours des vacances de Noël, le variant britannique VUI-202012/01 qui est entre 50% et 70% plus contagieux que la souche d’origine SARS-CoV 2, se répand dans de très nombreux pays qui durcissent très fermement les mesures en place avec des re-confinements stricts. En parallèle, les premiers vaccins sont homologués et commencent à être administrées.

Le 1er janvier 2021, le gouvernement par la voix de son porte parole Gabriel Attal annonce que les cinémas et salles de spectacle qui devaient ré-ouvrir le 7 janvier ne pourront pas le faire, sans donner de nouveau calendrier. Il annonce également que dès le lendemain le couvre-feu sera renforcé dans 15 départements et s’étend à présent de 18h à 6h.

Le 4 janvier, le premier ministre anglais Boris Johnson annonce un reconfinement total de toute l’Angleterre avec fermeture des écoles. Le lendemain on a appris que ce confinement devrait durer jusqu’au mois de mars.

Le 7 janvier, Jean Castex annonce qu’il n’y aura pas d’assouplissement avant le mois de février pour tous les secteurs ayant actuellement des restrictions. Le couvre feu est maintenu sera étendu à partir du 10 janvier à 10 autres départements de l’Est de la France.

Contre toute attente, quelques piscines avec un bassin extérieur mais non classées équipement de plein air réouvrent leurs portes à tous. C’est le cas de la piscine d’Orsay le 6 janvier (toutes les affaires doivent être apportées dans un sac au bord du bassin), et la piscine de Puteaux le 12 janvier (on peut laisser ses affaires au vestiaire, et y prendre une douche).